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La canicule et la sécheresse : des conséquences sur les vignes

Après un premier épisode de canicule à la fin du mois de juin 2019 (mois le plus chaud enregistré en Europe), la France fait face à une nouvelle vague de chaleur à la fin du mois de juillet. Ces phénomènes nous font constater directement les effets du réchauffement climatique qui est aujourd’hui indéniable.

Les canicules généralisées que nous subissons entraînent notamment des pics de pollution. En cause : le fort rayonnement solaire auquel sont soumis les polluants comme le trafic automobile ou l’industrie qui provoque la formation d’ozone. La canicule a donc fait grimper les compteurs dans de nombreux départements, ce qui fait dépasser les seuils d’alerte.

Au-delà de cette pollution, cet enchaînement de vagues de chaleur provoque une sécheresse étendue à une grande partie de la France.

Cette sécheresse annonce des récoltes très limitées en raison du manque d’eau (pluie) et a fait notamment des dégâts dans les vignes.

Nous notons également, parmi les conséquences de la canicule, de gros manques de réserve en eau. En effet, les niveaux des nappes phréatiques en France sont très inférieurs à ceux de l’année dernière d’après le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Certains départements ont dû faire face à des restrictions d’eau à cause de la canicule précoce du mois de juin, ceci étant dû aux faibles précipitations durant l’automne et l’hiver.

L’effet de la canicule sur les vignes

Vignes Burlées

Les dégâts liés à ces épisodes de canicule sont importants dans la viticulture du Gard et de l’Hérault. Les vignerons sont alarmés de constater que leurs vignes ont été littéralement grillées par ce vent brulant. Tel un chalumeau, la canicule du mois de juin à brulé une grande partie des vignobles des deux départements.

C’est le résultat d’un long travail qui s’effondre. En juin déjà, c’est plus d’un tiers du vignoble qui avait souffert d’Est en Ouest selon la chambre d’agriculture.

Un phénomène inédit : les vignes résistant habituellement à la chaleur n’ont cette fois-ci pas pu toutes survivre. En effet, les températures atteintes (45 degrés) ont poussé la Fédération nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles à mettre en place une cellule d’urgence à la chambre d’agriculture de l’Hérault pour recenser les dégâts.

En juillet, une nouvelle vague de chaleur s’est abattue sur la France notamment, obligeant les vignerons à rester sur leurs gardes concernant leur exploitation. Cette canicule de juillet n’a fait qu’aggraver le manque d’eau et le stress hydrique des vignes.

Qu’est ce que le stress hydrique et que provoque t-il ?

Le stress hydrique est une situation dans laquelle la demande en eau dépasse les ressources disponibles. En viticulture, nous nous intéressons tout particulièrement au régime hydrique des vignes, qui va influencer le type de vin obtenu. En effet, le développement de la vigne et la maturation du raisin sont liés à ce dernier. Trois conditions résultent du régime hydrique : les réserves en eau du sol, les précipitations et l’architecture de la végétation. Le viticulteur peut agir sur le régime hydrique à travers le choix du matériel végétal (cépage et porte-greffe), le système de conduite (notamment la surface foliaire) et l’entretien du sol.

Les vignes

Nous parlons de stress hydrique uniquement lorsqu’il est constaté un manque d’eau excessif qui va diminuer la qualité du raisin ou mettre en péril la pérennité de la vigne. Concrètement, le stress hydrique peut altérer le raisin dans sa coloration et réduire l’activité des feuilles les plus exposées. Ceci peut provoquer une chute des feuilles et donc un ralentissement de l’alimentation du raisin lui-même. Le volume et le poids des baies peuvent également être touchés.

Les vins

Les vins peuvent donc être décharnés (dépourvus de matière) ou peuvent voir leur typicité changer. Les difficultés rencontrées par le vigneron en conséquence de ce stress hydrique sont : une augmentation des degrés alcooliques potentiels, une baisse de l’acidité totale, une augmentation du pH, une perturbation de la synthèse des composés phénoliques et une évolution décalée des critères de maturité (alcooliques, aromatiques, phénoliques et tanniques).

Autorisation d’irrigation

La réglementation française autorise, sous certaines conditions, l’irrigation exceptionnelle des vignes de cuve.

►Le décret 2006-1526 fixe le cadre général des apports d’eau. Il notifie que

« l’irrigation des vignes aptes à la production de raisins de cuve est interdite du 15 août à la récolte » et cela sans dérogation possible.

►Le décret 2006-1527 précise les conditions d’apports d’eau sur les parcelles classées en Appellation d’Origine. Par défaut, « l’irrigation des vignes aptes à la production de vins à appellation d’origine est interdite du 1er mai à la récolte ».

Cependant, dans des conditions climatiques particulières comme la canicule, des dérogations exceptionnelles d’irrigation peuvent être accordées puisque le décret d’appellation le permet. L’irrigation donne alors la possibilité aux vignerons d’éviter le stress hydrique des vignes.

Cette irrigation est toutefois très contrôlée et précisément encadrée : « pour une récolte déterminée et si les conditions écologiques le justifient, l’irrigation des vignes peut être autorisée, à titre exceptionnel, au maximum entre les stades phénologiques correspondant à la fermeture de la grappe jusqu’à la véraison ; à partir du 15 juin au plus tôt et jusqu’au 15 août au plus tard ».

Dans le cas d’un manquement à ces règles, un déclassement de tous les vins de l’exploitation AOC vers la catégorie « Vins de Table » pourra être effectué. Ceci prendrait effet pour l’année en cours en plus d’une amende délivrée par le service des douanes.

Un peu d’espoir avec le projet Vinichar

Ce projet consiste à créer un compost amélioré de marc de raisins dans le but d’augmenter la rétention d’eau et en nutriments du sol pour les vignes. Ceci réduirait en outre le stress hydrique. Une évaluation rigoureuse des bénéfices et des risques est cependant nécessaire avant la généralisation de cette technique.

L’adaptation des vignerons

Aujourd’hui, non seulement à cause de ces deux épisodes de canicule mais aussi à cause du réchauffement climatique, la vigne et le vigneron doivent s’adapter. Afin de garder les caractéristiques des vins indemnes (nous avons vu ci-dessus à quel point le régime hydrique était un facteur important dans l’identité du vin obtenu), le vigneron doit adapter ses pratiques culturales en travaillant le sol ou en désherbant les inter-rangs. Pour que le soleil atteigne moins les grappes, il va laisser plus de feuilles. A la vue de la sécheresse, un changement de cépage moins sensible à la chaleur peut être également une solution adaptée.

Enfin, nous constatons globalement dans le monde une montée vers le Nord des conditions favorables à la viniculture.

Retard des vendanges et sur la production

A cause de la canicule, la production de vin est évidemment attendue à la baisse cette année de 6% à 13% en moins par rapport au millésime 2018 selon les estimations du ministère de l’agriculture. La production de vin pourrait être en ce sens l’une des plus basses des cinq dernières années. En effet, les conditions climatiques défavorables de la floraison de la vigne ont provoqué de la coulure (chute des fleurs ou des jeunes baies) et parfois des baies de petite taille. Les grappes brulées entrainent de surcroit des pertes de production.

Concernant les vendanges, les prévisions indiquent qu’elles auront un léger retard par rapport à l’année précédente.

 

Maureen Hoareau, Chargée de communication chez Geovina