Le vin à portée de main... / Vinipédia

Le vin dans la mythologie gréco-romaine

Depuis leur création, les mythologies grecque et romaine sont utilisées comme sujets d’inspiration par les artistes, et continuent à l’être de nos jours. Cet ensemble organisé de mythes peut vous paraître vaste… mais pas d’inquiétude ! Que vous soyez passionnés ou curieux, les légendes liées au vin de la mythologie gréco-romaine n’auront plus de secret pour vous !

Un point sur la mythologie grecque…

Au niveau étymologique, la langue de Molière est très grandement influencée par la Grèce Antique. Nous voyons ceci dans certaines expressions comme « des mesures draconiennes », terme qui viendrait d’un tyran de la Grèce Archaïque (une des périodes de la Grèce antique) d’Athènes nommé Dracon.

Le domaine de la vigne et du vin présente également des similitudes lexicales comme le mot « nectar » associé à des vins délicieux ou au produit qui résulte des raisins après les vendanges. Le mot « nectar », traduit du grec ancien, signifie « la boisson des Dieux de l’Olympe », un signe évident d’une influence très forte de cette mythologie grecque. Dans l’imaginaire des Grecs, le Mont Olympe en Grèce représenterait la résidence des divinités, soit un grand palais éternellement festif.

Ce qui est important à noter est que, même si les historiens ne croient plus en ce Mont Olympe, le peuple Grec croyait fermement en cette mythologie, si bien que des tablettes mycéniennes (écrites en grec ancien) ont été retrouvées et traduites. On pouvait y lire la mention du culte de Dionysos, qui se trouve être une preuve de ces anciennes croyances.

La figure de Dionysos

Zeus et Héra

 Dans la culture occidentale, Dionysos était la figure mythologique centrale du vin, de la fête et de l’ivresse et, par extension, de la sexualité et de la fécondité. Il était le fils de  l’union adultérine de Zeus et de la nymphe Sémélé. Un jour, cette dernière demanda à Zeus de se montrer à elle dans « toute sa splendeur » (c’est à dire sous sa vraie nature et non sous sa couverture humaine); ce qu’il fit imprudemment. Ne pouvant pas supporter son éclat divin, elle fut foudroyée par Zeus, alors qu’elle était enceinte de six mois. Pour ne pas perdre Dionysos, Zeus arracha le fœtus du ventre de Sémélé et le cousit dans sa cuisse. Le Dieu du vin est alors né à terme, de la cuisse de son père. Ainsi, Dionysos signifierait « deux fois né » selon certaines interprétations étymologiques.

Ayant vécu une enfance tourmentée, Dionysos fut contraint de fuir la jalousie et la malédiction d’Héra, l’épouse de Zeus. Il aurait trouvé refuge sur la montagne de Nysa en Asie et grandi élevé par des nymphes, lui enseignant à cultiver la vigne.

Une fois devenu adulte, il quitta la terre où il avait grandi afin de propager la culture de la vigne et le don précieux de produire le vin en Grèce, en Egypte et en Syrie. Il aurait ensuite étendu son savoir à tout le bassin Méditerranéen. Le véritable culte lié à Dionysos se propageant à travers la Grèce dans un premier temps a fait de lui l’une des divinités les plus importantes de la mythologie grecque.

En effet, pour les grecs, il y avait une certaine noblesse de la culture de la vigne. Elle nécessitait d’eux une rigueur et une intelligence pour arriver à produire des vins de grande qualité. La sélection des lieux par rapport à la qualité de la culture de la vigne faisait par exemple partie de cette connaissance pointilleuse. Afin de faciliter le transport du vin par voie maritime, ce dernier était stocké dans des amphores (voir image de droite si dessous) ou dans des outres de peau.

Dans les œuvres d’art, Dionysos est représenté jeune, entouré de vignes et de grappes ainsi que de nymphes (personnages féminins). Sa popularité vient en grande partie du fait que par le vin, l’extase et la mort il est plus proche de la nature humaine que les autres divinités.

                                          Dionysos                 Amphore Dionysos

Sur de nombreux vases antiques, il est représenté équipé d’une corne à boire et d’une lyre, suivi d’une procession de satyres et de ménades en plein délire extatique et orgiaque, emportés par les effets de l’alcool, portant des symboles phalliques et des offrandes.

Le vin dans la mythologie grecque

Selon la légende la plus connue, la vigne fut un cadeau de Dionysos offert au roi Œnée. L’histoire la plus relatée est la suivante : le berger du roi Œnée (Oinos en grec) remarquait que tous les soirs, l’une de ses chèvres rentrait plus tard que le reste du troupeau et semblait d’humeur joyeuse. Il décida de la suivre et la vit manger des fruits qu’il ne connaissait pas : des grappes de raisins. Il en fit part à son roi qui eut l’idée de presser les fruits et inventa ainsi le vin. On donna à ce fruit le nom de son découvreur (Staphylos, « grappe de raisin » en grec) et à la boisson obtenue le nom du roi (oinos, « vin » en grec).

Dans d’autres versions, Staphylos est considéré comme le fils de Sylvène, ami de Dionysos, le dieu du vin et de la vigne, ou bien comme le fils de Dionysos et d’Ariane. L’iliade (récit de VIIIe siècle av. J.-C.) offre une des premières mentions des effets du vin : Ulysse enivra le cyclope mangeur d’hommes Polyphème en lui faisant boire du vin d’Ismaros et parvint ainsi à lui crever son unique œil et à fuir avec ses comparses.

Ainsi, il y a une multitude de versions de la création du vin. Cette nouvelle culture fait partie prenante de ce que les historiens appellent « la civilisation agricole ».

Acropolis

Dionysos, par son présent, aurait donc rendu accessible aux hommes un nectar aux origines divines qui leur permettait de ressentir la joie et l’ivresse. Cependant, le côté négatif de la figure de Dionysos surgit également. Lors de son vagabondage, il est très vite considéré avec suspicion car, en même temps que le vin, il apporte l’ivresse, les excès et le désordre. Jacques Lacarrière écrivait notamment dans le Dictionnaire amoureux de la mythologie que « partout où il passa, Dionysos provoqua [aussi] des drames et des morts sanglantes. Sans doute le mythe veut-il marquer par là le pouvoir ambigu du vin et de l’ivresse, sa faculté d’élever l’homme jusqu’aux sphères divines ou au contraire de le rabaisser au rang d’un animal  ».

L’Antiquité grecque est jonchée de mythes qui évoquent des drames et des meurtres commis sous l’influence enivrante du vin (avec par exemple la légende d’Ulysse et du cyclope expliquée plus haut).

La Grèce antique lui a voué un véritable culte, puis les Romains l’on adopté sous le nom de Bacchus. Les nombreux rites annuels en son honneur sont à l’origine du théâtre grec.

Le vin dans la mythologie romaine

La mythologie romaine reprend l’essentiel des personnages et l’univers de la mythologie grecque. Bacchus est alors l’équivalent de Dionysos dans cette mythologie. Malheureusement, il ne connaîtra pas le même succès que ce dernier chez les romains. Plutôt associé à la débauche, il aurait été très effacé malgré les découvertes archéologiques de la culture de la vigne au sein de l’Empire romain.

Le peu d’adeptes que réunissait Bacchus étaient de plus constamment combattus par le Sénat Romain qui tentait de mettre fin au désordre lié à la consommation du breuvage.

Les bacchanales, fêtes débridées que les Romains célébraient en l’honneur de Bacchus, étaient d’ailleurs considérées comme des manifestations de désordre et d’abus. Elles ont été interdites en 186 avant J.-C., suite au « scandale des Bacchanales ».

L’influence de la mythologie gréco-romaine sur le vin aujourd’hui

Aujourd’hui, nous voyons que la vigne et le vin font partie intégrante des mythologies fondatrices de notre société, si bien que nous retrouvons cette empreinte dans l’industrie du vin. En effet, de nombreux noms de produits, descriptions, agences ou critiques de vin et sommeliers tirent leurs origines étymologiques de ces légendes.

Constatant aujourd’hui l’émergence de nouvelles techniques de vinification, il est sûr que nous atteignons des produits haut en qualité qui réuniront toujours plus de personnes autour du « culte du vin » qu’est la joie et le plaisir de la dégustation.

Maureen Hoareau, Chargée de communication chez Geovina

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Bibliographie